|

|
Les parents d'Arthur Honegger
étaient tous deux d’origine zurichoise. Attiré dès l’enfance par
la musique, il reçoit au Havre des leçons de violon puis, au
cours d’un séjour à Zurich (1909-1911), il suit au Conservatoire
de cette ville les cours de W. de Boer pour le violon et de L.
Kempter pour la théorie musicale. Le directeur du Conservatoire,
Friedrich Hegar, s’intéresse à lui et lui conseille de se vouer
à la musique.
De 1911 à 1913, Honegger se rend
chaque semaine du Havre à Paris pour y étudier au Conservatoire
le violon avec Lucien Capet, l’orchestration avec Widor et la
direction avec Vincent d’Indy. À cette époque déjà, il commence
à composer. Mais c’est surtout après la Première Guerre mondiale
qu’il attire l’attention. Il se lie d’amitié avec Darius Milhaud
et, en 1920, le Groupe des Six est créé sous l’égide de Jean
Cocteau, auquel il participe aux côtés de Georges Auric, Louis
Durey, Germaine Tailleferre, Francis Poulenc et Darius Milhaud:
Les Ballets suédois s’adressent à
Arthur Honegger pour «Skating-Rink» et il collabore à
l’élaboration de la farce de Jean Cocteau intitulée «Les Mariés
de la Tour Eiffel». Il compose aussi plusieurs musiques de
scène, comme le «Dit des Jeux du Monde», commandé par Jane
Bathori.
Mais, davantage que «Horace
victorieux» et ses premières sonates, c’est le «Roi David» qui
va mettre Honegger au premier plan des compositeurs de son
temps. Il réussit le tour de force de composer cette partition,
commandée par le Théâtre du Jorat (Mézières, Vaud), en deux
mois. Dès lors, la vie de Honegger est celle de ses oeuvres.
Il publie un nombre considérable
d’oeuvres dramatiques, dont «Judith», créé au Théâtre du Jorat,
et «Jeanne d’Arc au bûcher», créé à Bâle, sont les principauxsommets. Une opérette, «Les aventures du Roi Pausole»,
obtient un succès considérable. Une période féconde de son
existence est celle de sa collaboration avec Paul Claudel qui
écrit les textes de «Jeanne d’Arc au bûcher» et de «La Danse des
Morts».
|
|
Pastorale d'Été, H. 31
En août 1920, Arthur Honegger
séjournait en vacances au pied de la Jungfrau, à Wengen (Oberland
bernois). C'est là qu'il composa sa Pastorale d’été, pour
une formation flûte, hautbois, clarinette, basson, cor et
cordes.
Elle porte en épigraphe une courte
citation d’Arthur Rimbaud: «J’ai embrassé l’aube d’été...»
et déroule sa fraîche idylle dans une simple coupe ternaire
A-B-A’, dont le troisième volet superpose la matière des deux
premiers, procédé qu'Honegger affectionne et utilisera souvent,
grâce à sa maîtrise de l’écriture. L’oeuvre est un parfait
exemple du sens honeggérien de la dominante: ses trois dièses à
la clef semblent annoncer la majeur, mais comme elle se déroule
en grande partie à la dominante de la, Honegger laisse
longuement planer le doute entre cette tonalité et un mi majeur
myxolydien (en mode de sol, sans sensible). Sur de paisibles
figures d’accompagnement doucement ondulantes (trois motifs
différents), le cor déroule sa longue et paisible mélodie. [...]
Reprise ensuite en canon, elle
aboutit à un crescendo très «faunesque» menant au volet central
animé (Vif et gai, mes. 48- 107), au ton principal de si bémol
majeur. Un vif appel pastoral du basson suscite deux mélodies
nouvelles, toutes deux hommages très nets à la Symphonie
pastorale de Beethoven (auquel Honegger, seul parmi les «Six»,
demeura toujours fidèle): la première à la clarinette, proche du
premier mouvement de cette Symphonie, la seconde, aux violons,
rappelant le Trio à 2/4 de son Scherzo, sur un accompagnement
staccato légèrement polytonal, seule touche «moderne» de la
partition. On remarquera, entre les deux, la passagère
modulation en fa dièse mineur, frisson de fraîcheur subite,
comme si un petit nuage était venu voiler le soleil... Ces deux
mélodies se superposent au seul fortissimo, bien modeste, de la
pièce (mes. 96), à l’issue duquel on redescend doucement vers le
troisième et dernier volet.
Ici (mes. 108-141) les vives
arabesques [...] se superposent à la rêveuse mélodie initiale,
puis, dans un climat d’indicible poésie, les appels se font de
plus en plus lointains, et un enchaînement modulant admirable,
qui se souvient certainement de la fin du Prélude à l'après-midi
d'un faune, nous mène, par ré bémol/ut dièse et ré majeur à mi
majeur [...]. Pourtant l’accord final demeure volontairement
évasif: mi-si-ré-fa dièse-la, soit mi majeur sans sa tierce,
mais avec le ré indiquant encore la dominante non résolue de la!
[...]"
Tiré de Harry Halbreich : Arthur
Honegger - Un musicien dans la cité des hommes, Arthème
Fayard, 1992
|