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HONEGGER Arthur (1892 - 1955)

Les parents d'Arthur Honegger étaient tous deux d’origine zurichoise. Attiré dès l’enfance par la musique, il reçoit au Havre des leçons de violon puis, au cours d’un séjour à Zurich (1909-1911), il suit au Conservatoire de cette ville les cours de W. de Boer pour le violon et de L. Kempter pour la théorie musicale. Le directeur du Conservatoire, Friedrich Hegar, s’intéresse à lui et lui conseille de se vouer à la musique.

De 1911 à 1913, Honegger se rend chaque semaine du Havre à Paris pour y étudier au Conservatoire le violon avec Lucien Capet, l’orchestration avec Widor et la direction avec Vincent d’Indy. À cette époque déjà, il commence à composer. Mais c’est surtout après la Première Guerre mondiale qu’il attire l’attention. Il se lie d’amitié avec Darius Milhaud et, en 1920, le Groupe des Six est créé sous l’égide de Jean Cocteau, auquel il participe aux côtés de Georges Auric, Louis Durey, Germaine Tailleferre, Francis Poulenc et Darius Milhaud:

Les Ballets suédois s’adressent à Arthur Honegger pour «Skating-Rink» et il collabore à l’élaboration de la farce de Jean Cocteau intitulée «Les Mariés de la Tour Eiffel». Il compose aussi plusieurs musiques de scène, comme le «Dit des Jeux du Monde», commandé par Jane Bathori.

Mais, davantage que «Horace victorieux» et ses premières sonates, c’est le «Roi David» qui va mettre Honegger au premier plan des compositeurs de son temps. Il réussit le tour de force de composer cette partition, commandée par le Théâtre du Jorat (Mézières, Vaud), en deux mois. Dès lors, la vie de Honegger est celle de ses oeuvres.

Il publie un nombre considérable d’oeuvres dramatiques, dont «Judith», créé au Théâtre du Jorat, et «Jeanne d’Arc au bûcher», créé à Bâle, sont les principauxsommets. Une opérette, «Les aventures du Roi Pausole», obtient un succès considérable. Une période féconde de son existence est celle de sa collaboration avec Paul Claudel qui écrit les textes de «Jeanne d’Arc au bûcher» et de «La Danse des Morts».

Dans le domaine symphonique et de la musique de chambre, Honegger a également beaucoup produit. Citons 5 symphonies, dont la Symphonie n° 3 (Liturgique) a été créée à Zurich le 17 août 1946 et la Symphonie n° 4 (Deliciae Basilienses), créée à Bâle le 21 janvier 1947 par l'Orchestre de chambre de Bâle, dirigé par Paul Sacher. Arthur Honegger est aussi l'auteur de plusieurs ballets, d'oeuvres radiophoniques et de la musique pour une quarantaine de films.

http://www.rene-gagnaux-1.ch/h_repertoire/honegger_courte_biographie.html

Pastorale d'Été, H. 31

En août 1920, Arthur Honegger séjournait en vacances au pied de la Jungfrau, à Wengen (Oberland bernois). C'est là qu'il composa sa Pastorale d’été, pour une formation flûte, hautbois, clarinette, basson, cor et cordes.

Elle porte en épigraphe une courte citation d’Arthur Rimbaud: «J’ai embrassé l’aube d’été...» et déroule sa fraîche idylle dans une simple coupe ternaire A-B-A’, dont le troisième volet superpose la matière des deux premiers, procédé qu'Honegger affectionne et utilisera souvent, grâce à sa maîtrise de l’écriture. L’oeuvre est un parfait exemple du sens honeggérien de la dominante: ses trois dièses à la clef semblent annoncer la majeur, mais comme elle se déroule en grande partie à la dominante de la, Honegger laisse longuement planer le doute entre cette tonalité et un mi majeur myxolydien (en mode de sol, sans sensible). Sur de paisibles figures d’accompagnement doucement ondulantes (trois motifs différents), le cor déroule sa longue et paisible mélodie. [...]

Reprise ensuite en canon, elle aboutit à un crescendo très «faunesque» menant au volet central animé (Vif et gai, mes. 48- 107), au ton principal de si bémol majeur. Un vif appel pastoral du basson suscite deux mélodies nouvelles, toutes deux hommages très nets à la Symphonie pastorale de Beethoven (auquel Honegger, seul parmi les «Six», demeura toujours fidèle): la première à la clarinette, proche du premier mouvement de cette Symphonie, la seconde, aux violons, rappelant le Trio à 2/4 de son Scherzo, sur un accompagnement staccato légèrement polytonal, seule touche «moderne» de la partition. On remarquera, entre les deux, la passagère modulation en fa dièse mineur, frisson de fraîcheur subite, comme si un petit nuage était venu voiler le soleil... Ces deux mélodies se superposent au seul fortissimo, bien modeste, de la pièce (mes. 96), à l’issue duquel on redescend doucement vers le troisième et dernier volet.

Ici (mes. 108-141) les vives arabesques [...] se superposent à la rêveuse mélodie initiale, puis, dans un climat d’indicible poésie, les appels se font de plus en plus lointains, et un enchaînement modulant admirable, qui se souvient certainement de la fin du Prélude à l'après-midi d'un faune, nous mène, par ré bémol/ut dièse et ré majeur à mi majeur [...]. Pourtant l’accord final demeure volontairement évasif: mi-si-ré-fa dièse-la, soit mi majeur sans sa tierce, mais avec le ré indiquant encore la dominante non résolue de la! [...]"

Tiré de Harry Halbreich : Arthur Honegger - Un musicien dans la cité des hommes, Arthème Fayard, 1992